5- La position du gouvernement haïtien




Dans un contexte de forte exposition médiatique internationale, suite au tremblement de terre du 12 janvier 2010,  le gouvernement haïtien, les ONG et la communauté internationale ont multiplié leurs efforts en vue de fournir une réponse immédiate à l’épidémie du choléra et dans le but de sauver le maximum de vies. Le choléra fut décrété « un problème de sécurité nationale » par le gouvernement de René Préval en 2010. En plus des nouvelles campagnes de financement, une partie des fonds destinés à secourir les victimes du tremblement de terre et à la reconstruction d’Haïti a été redirigée vers la lutte contre le choléra. On estime  qu’environ 150 millions de dollars US ont été dépensés par une multitude d’intervenants dans les efforts de lutte contre le choléra entre octobre 2010 et décembre 2012. Par contre, l’attention médiatique une fois retombée, l’intérêt des bailleurs internationaux a diminué; et beaucoup d’ONG ayant quitté le pays, les moyens de l’État déjà insuffisants pour faire face à ce fléau dans le pays sont aujourd’hui dérisoires tandis que le choléra continue de tuer silencieusement des milliers d’Haïtiens.                                                                         

En décembre 2010, le président René Préval et le premier ministre Jean-Max Bellerive n'ont pas réagi officiellement après la publication du rapport du professeur Piarroux - rapport que le gouvernement haïtien avait lui-même demandé. Entre-temps, la crise électorale s'installe reléguant au second plan l'épidémie du choléra dans l'agenda politique. Et comme c'est souvent le cas en Haïti, une crise chasse une autre.  Jusqu'à son départ l'ancien président René Préval -ainsi que le gouvernement de Bellerive- ne s'est jamais prononcé officiellement sur l'origine de ce « problème de sécurité nationale »


Lors de la passation de pouvoir entre René Préval et le nouvel élu en mai 2011, le président Michel Martelly a hérité de ce « problème de sécurité nationale ».  Quel est depuis lors la réponse de l’Exécutif haïtien ? 


En janvier 2012, le président Martelly de concert avec son homologue dominicain s'est engagé, sous les auspices de la communauté internationale, à entreprendre toutes les actions pouvant conduire à l'élimination du choléra sur l'île d'ici 2022. Le président, comme son prédécesseur, comme ses nouveaux amis, a gardé le silence sur l'implication des soldats onusiens dans l'introduction du choléra en Haïti. Il a aussi ignoré la plainte des victimes contre l'ONU. 


Après un long silence de plus d’un an de la nouvelle équipe au pouvoir, l’Exécutif haïtien a fait connaître officiellement son refus de soutenir les victimes dans leur combat pour la justice face à l’ONU. 


« Le gouvernement haïtien n’interviendra pas auprès de l’Organisation des Nations Unies (ONU) pour obtenir justice et réparations pour les 7000 morts et les près de 700 000 personnes qui ont été hospitalisées à cause de l’épidémie du choléra introduite en Haïti par le bataillon népalais de la MINUSTHA. C’est ce qu’a révélé le ministre des Affaires étrangères, Pierre-Richard Casimir, lors d’une audition devant la commission des Affaires étrangères de la Chambre des députés le 18 octobre 2012», comme en font foi les journalistes de Radio Kikesya. 


Allant jusqu'à prendre le contrepied de toutes les études scientifiques qui ont formellement établi l’origine népalaise du choléra en Haïti, Pierre-Richard Casimir a mis en doute les principaux résultats obtenus par les nombreux chercheurs en ces termes :


« Si les études  scientifiques  menées ont établi que la souche de la maladie est asiatique, en revanche, il n’a pas été démontré la responsabilité des soldats népalais dans une relation de cause à effet ».

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Cette déclaration a été suivie d’une levée de boucliers de la société civile haïtienne que le président et le premier-ministre d’Haïti ont fait semblant d’ignorer. Les deux plus hauts responsables de l’État haïtien ont repris en chœur la position défendue par l’ONU et d’autres institutions internationales au début de l’épidémie, à savoir qu’il est plus important de trouver des solutions à l’épidémie du choléra que de chercher l’origine de la bactérie. Dans la foulée, le gouvernement haïtien a proposé un plan d’éradication du choléra devant être financé par la communauté internationale avec l’appui de l’ONU. Ce plan au coût de plus de 2 milliards de dollars USD, a été lancé en décembre 2012. 


Le président Michel Martelly veut éviter la confrontation avec l’ONU et la communauté internationale dont les soutiens lui sont indispensables. Et cela, même si l’ONU ne reconnait pas officiellement être à l’origine du choléra en Haïti. 


Incapables de faire face à la menace de santé publique que représente le choléra, impuissants face à l’ONU, le président Michel Martelly et le premier ministre Laurent Lamothe ont abdiqué leurs responsabilités et proposent le mensonge comme seule réponse politique au choléra. 


Laurent Lamothe, le premier ministre, à déclaré lors de son passage à Columbia University, en avril 2013, que le choléra était sur le point de disparaître en Haïti. Il contredit ses propres services de santé publique en affirmant qu'il y aurait désormais moins de 3 cas de choléra par jour dans le pays, alors que le MSPP (ministère de la Santé publique et de la population) rapporte 150 cas par jour. 


Le président Michel Martelly, dans une entrevue accordée à Foreign Policy en mai 2013, est pris en flagrant délit de mensonge. À la question « Est-ce que les cas de choléra ont augmenté ou diminué en Haïti », le président Martelly répond « diminué » alors que le site Internet du MSPP indique que les cas de choléra ont augmenté de 5 000 entre janvier et avril 2013, comparativement à la même période de l’année précédente, lui fait remarquer le journaliste. Le président Martelly avoue simplement ne pas être au courant de ces données. Il ajoute qu’il n’est pas non plus au courant de la plainte contre l’ONU initiée par les victimes haïtiennes du choléra. 

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