6- L'ONU : entre déni et silence




« L'Organisation internationale des Nations Unies (ONU) a été fondée en 1945, après la Seconde Guerre mondiale, par 51 pays déterminés à maintenir la paix et la sécurité internationales, à développer des relations amicales entre les nations, à promouvoir le progrès social, à instaurer  de meilleures conditions  de vie et à accroître le respect des droits de l'homme.» 

 


Le 24 décembre 1945, Haïti adhère officiellement aux Nations-Unies et figure ainsi parmi les premiers pays membres de l’organisation. Haïti assure une présence honorable à l’ONU pendant  des décennies jusqu’à sa déchéance qui lui a valu pas moins de trois occupations militaires sous la forme de mission de maintien de paix. L’actuelle Mission des Nations Unies pour la stabilisation en Haïti (MINUSTAH) a débuté  en juin 2004.  Après six ans de mission de paix de la MINUSTAH, Haïti, vraisemblablement, n'a pas connu la stabilisation mais plutôt a hérité du choléra en octobre 2010. 

 



Décompte à partir du 17 oct. 2010

Immédiatement après l'apparition du choléra, la rumeur sur le rôle des soldats de l'ONU dans l'éclosion de l'épidémie a fait le tour du pays et de la diaspora.  Les premières réactions de l’ONU furent des démentis formels et répétitifs. Certains ont même cherché les causes du choléra dans la mer et dans les cieux, le plus éloigné possible de la base de la MINUSTAH à Mirebalais (département du Centre d'Haïti).


Aux questionnements légitimes sur l'origine de cette épidémie inédite, l'ONU et plusieurs autres institutions ont répondu qu'il est plus important d'agir contre le choléra que de chercher sa provenance. Et pourtant, tous les experts  épidémiologistes sont  d'avis  contraire puisque la première démarche dans le cas de l'apparition d'une bactérie ou d'un nouveau virus est de chercher à l'identifier et à déterminer sa provenance. Cette étape décisive permet de fournir une réponse appropriée à l'épidémie et de rassurer la population en évitant de fausses rumeurs qui peuvent s'avérer aussi mortelles que la maladie. 


Après la publication du premier rapport du professeur Piarroux, début décembre 2010, un porte-parole de l’ONU, Martin Nesirky, déclarait, le 7 décembre à New-York : « La mission a  conduit  un  certain  nombre  de tests dans l’eau à l’intérieur du camp et entre le camp et la rivière, et tous les résultats ont été négatifs. »


Le lendemain, un  porte-parole de l’armée népalaise est encore plus catégorique : « C’est  une conclusion hypothétique et nous condamnons fermement de telles allégations sans faits ni preuves solides. »


Devant les démentis formels de l’ONU, une partie de la population affolée a trouvé dans le vodou un bouc émissaire idéal.  Au 27 décembre 2010, plus de 45 prêtres  vodouisants  ont  été lynchés par  la  population, accusés faussement d’avoir provoqué le choléra en Haïti. C’est ce qu'on appelle dans le jargon militaire les victimes collatérales…

Sous fortes pressions, l'Organisation s'est résignée à commander une  étude   de quatre experts indépendants qui ont rendu  le  4  mai 2011 leur rapport incluant leurs  recommandations. La propagation de l'épidémie du choléra est due à une convergence de facteurs; l'accent est  mis sur  la  pauvreté des infrastructures sanitaires  et  les conditions générales  de vie  en Haïti. Tout  en reconnaissant la négligence dans l'installation des infrastructures sanitaires dans le camp de la MINUSTAH à Mirebalais, le rapport insiste sur le fait que l'introduction de la bactérie en Haïti n'est pas intentionnelle sans pour autant conclure à une responsabilité directe des soldats népalais dans l'importation de l'épidémie en Haïti.  Sur cet aspect, le silence est une fois de plus bien gardé. Malgré une certaine confusion créée par le rapport, l'ONU continue de décliner officiellement toute responsabilité dans l'introduction de la bactérie Vibrio cholerae en Haïti. 


Les réactions de l'ONU ne vont pas au-delà d'un embarras certain que lui cause le dossier du choléra en Haïti.  L'ONU promet un comité spécial pour étudier les 7 recommandations des experts indépendants.


La ligne de départ est reprise : il faut prioriser les actions concrètes. 


Le 11 décembre 2012, le Secrétaire général de l’ONU lance une initiative pour l’élimination du choléra en Haïti visant  : «  à intensifier la réponse actuelle  du pays face au choléra à travers un programme intégré comprenant des mesures  de prévention et de traitement, la mise en œuvre de projets relatifs à l’eau  et l’assainissement et le soutien à la campagne de vaccination orale menée par le gouvernement d’Haïti. »  L’ONU a déjà dépensé, nous rappelle-t-on, 118 millions de dollars US dans la réponse au choléra depuis le début de l’épidémie. 


Le 21 février 2013, le Secrétaire général de l'ONU, BAN KI-MOON, annonce que la demande d'indemnisation des victimes du choléra en Haïti déposée en novembre 2011, n'est pas recevable et se dit déterminé à éliminer l'épidémie. La demande d'indemnisation des victimes est rejetée en vertu de la section 29 de la Convention sur les « privilèges et immunités ». 


"Depuis que l’épidémie s’est déclenchée en 2010, l’ONU et ses partenaires  collaborent étroitement avec le peuple et le Gouvernement  haïtiens sur  les plans du traitement, de l’amélioration des infrastructures de distribution d’eau et d’assainissement, de la prévention et de l’alerte rapide. En décembre 2012, le Secrétaire général a lancé une initiative d’élimination du choléra en Haïti qui a pour objet de renforcer le Plan national d’élimination du choléra adopté par le pays lui-même moyennant des investissements considérables et l’utilisation d’un vaccin anticholérique oral."


L'ONU demeure fidèle à cette position.