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HAÏTI, LE CHOLÉRA ET L'ONU

publié le 28 sept. 2013 à 12:54 par Junia Barreau   [ mis à jour : 28 sept. 2013 à 14:35 ]

Lettre ouverte au Secrétaire général de l’ONU


New-York, le 26 septembre 2013


MONSIEUR BAN KI-MOON
SECRÉTAIRE GÉNÉRAL
ORGANISATION DES NATIONS-UNIES (ONU)
NEW-YORK
USA




Monsieur le Secrétaire général,

Les conflits ainsi que les menaces visant la vie et la sécurité d'êtres humains partout à travers la planète réclament de manière urgente votre grande attention. La République d'Haïti devrait se considérer privilégiée d'être inscrite sur la longue liste des priorités de l'ONU pendant aussi longtemps. À l'aube de ses 210 ans d'indépendance, la très jeune nation haïtienne se cherche et veut maintenir sa place, --hautement méritée et durement acquise au prix du sang de ses filles et fils libérateurs-- dans le concert harmonieux des nations. Notre pays, depuis son écrasante victoire sur les colonisateurs d'une époque révolue, a fait face à des catastrophes de nature diverse, qu’aucun autre pays n'a eu à confronter. Le tremblement de terre du 12 janvier 2010 entre dans les annales des Nations-Unies comme l’une des plus grandes catastrophes naturelles du XXIe siècle, engloutissant sous les décombres plus de 250 000 Haïtiens, et dont les conséquences sur la vie de nos compatriotes se feront encore sentir longtemps.

À cette grande catastrophe naturelle, s'est ajouté, hélas, un autre désastre cette fois-ci évitable : le choléra venu directement du Népal et apporté par les soldats népalais arrivés en Haïti au début du mois d'octobre 2010. TOUS LES EXPERTS SÉRIEUX ET CRÉDIBLES SONT UNANIMES : LA SOUCHE DE LA BACTÉRIE VIBRIO CHOLERAE EN HAÏTI EST UNE COPIE EXACTE DE LA SOUCHE NÉPALAISE. Et ce n'est nullement une coïncidence que cette bactérie d'origine népalaise ait été découverte en Haïti quelques jours après l'arrivée des soldats népalais dans le camp de la MINUSTAH à Mirebalais, Mirebalais étant le point de départ de l'épidémie du choléra en Haïti. Malgré les conclusions scientifiques et les preuves irréfutables relatives à la responsabilité-culpabilité des casques bleus, l’ONU appose une fin de non-recevoir aux demandes de justice des victimes du choléra en deux occasions, y compris toute demande de pourparlers venant des représentants des victimes.

Vous disiez, Monsieur le Secrétaire général, le 16 septembre 2013, qu' "il n'est pas scientifiquement clair ou établi "que l'ONU soit la cause du choléra en Haïti, en vous appuyant fermement sur le rapport branlant commandité par l'ONU, et dont les fondations se sont déjà écroulées. En effet, les quatre experts indépendants, ceux-là mêmes recrutés par l'ONU pour le rapport de mai 2011, de manière collective non pas seulement à titre personnel, sont revenus sur leur première analyse dans un second rapport publié en mai 2013 par la revue Springer Berlin Heidelberg et intitulé " The Cholera Outbreak in Haiti : Where and how did it begin? .

Le Collectif Solidarité avec les victimes du choléra se fait le devoir de partager avec l'ONU ces informations manquantes en joignant ledit rapport à la présente lettre.

Daniele Lantagne, G. Balakrish Nair, Claudio F. Lanata et Alejandro Cravioto concluent dans leur second rapport de mai 2013 sur le choléra en Haïti qu'il n'y a qu'une seule source possible d'introduction du choléra en Haïti : les soldats de la base de la MINUSTAH à Mirebalais. ( " [...] the preponderance of the evidence and the weight of the circumstantial evidence does lead to the conclusion that personnel associated with the Mirebalais MINUSTAH facility were the most likely source of introduction of cholera into Haiti." page 18).

Plus de 8 300 Haïtiens sont morts du choléra népalais, Monsieur le Secrétaire général. Plus de 700 000 Haïtiens ont déjà été infectés. Les listes s'allongent quotidiennement et les familles haïtiennes continuent de souffrir. Depuis le 1er septembre 2013, selon les données du ministère haïtien de la santé, Haïti enregistre une flambée de l'épidémie du choléra qui tue 2 citoyens haïtiens en moyenne par jour dans cinq départements, soit une moyenne de 10 personnes tuées par jour, 70 personnes par semaine et à ce rythme 280 personnes par mois sur une partie du territoire.

Qu'attend donc l'ONU pour reconnaître sa pleine et totale responsabilité dans l'introduction du choléra en Haïti ? Pourquoi l'ONU refuse-t-elle aux victimes et aux familles des victimes haïtiennes du choléra leur droit à la dignité, au respect et à la justice ? Qu'est-ce qui empêche l'ONU de témoigner du respect aux victimes haïtiennes du choléra, au peuple haïtien, tout en s'assurant de la disponibilité des fonds nécessaires afin d'enrayer cette épidémie dans le pays ?

Nous, du Collectif Solidarité avec les victimes du choléra, nous nous associons à tous les autres groupes de défense des droits des victimes haïtiennes du choléra pour demander au Secrétaire général Ban Ki-moon que l'ONU :
  • reconnaisse officiellement être à l'origine de l'épidémie du choléra en Haïti via le contingent népalais de la MINUSTAH arrivé en Haïti au début du mois d'octobre 2010;
  • présente ses excuses au peuple haïtien pour les pertes en vies humaines, les nombreuses souffrances physiques et morales, occasionnées par la négligence et les actions de la MINUSTAH en Haïti;
  • assume entièrement ses responsabilités en agréant les demandes de réparations des victimes et familles des victimes du choléra;
  • investisse dans les infrastructures sanitaires, de distribution d'eau potable et d'assainissement afin de travailler à minimiser l'incidence de la bactérie du choléra à court et moyen termes, et à long terme éradiquer le choléra d'Haïti.
Le peuple haïtien a assez souffert du choléra et il mérite de vivre dans la dignité. L'ONU doit emprunter la voie de la vérité, de la légalité afin de regagner sa crédibilité dans la gestion du choléra en Haïti.

Le Collectif Solidarité avec les victimes du choléra se fait le porte-voix de toutes les victimes de la MINUSTAH pour lancer un appel à la responsabilisation de l'ONU, au nom de l'idéal des droits humains dont l'ONU s'est fait le premier défenseur. N'est-ce pas que " la reconnaissance de la dignité inhérente à tous les membres de la famille humaine et de leurs droits égaux et inaliénables constitue le fondement de la liberté, de la justice et de la paix dans le monde" ? (Déclaration universelle des droits de l'homme)

Monsieur le Secrétaire général, le peuple haïtien fait partie de cette grande famille humaine.


En souhaitant que l'ONU prendra, à partir d’aujourd’hui 26 septembre 2013, la bonne décision en faveur des victimes du choléra en Haïti, le Collectif Solidarité avec les victimes du choléra vous prie d'accepter, Monsieur le Secrétaire général, les assurances de ses meilleurs sentiments.


Pour le Collectif Solidarité avec les victimes du choléra :


Me Olicier Pieriche (Fort-Lauderdale)
Mme Yveline Dalmacy (New-York)
Dr Seymour Coffy (Connecticut)
M. Quener Joseph (Pensylvanie)
Dr Jean Ford Figaro (Boston)
M. Kerlens Tilus (Ottawa)
Mme Marlène Jean-Noël (New-York)
M. Jose Davilmar (Miami)
M. Jimy Mertune (Orlando)
M. Ilio Durandis (Boston)Mme Junia Barreau (Montréal)



Contact : haiticholerajustice@gmail.com