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À quel saint doivent se vouer les victimes du choléra?

publié le 19 juil. 2013 à 11:16 par Junia Barreau   [ mis à jour : 7 août 2013 à 09:06 ]
--16 juillet 2013 par Thomas Lalime --

Si les autorités haïtiennes semblent faire peu de souci des victimes du choléra, le sort de celles-ci se confine entre les mains de simples et de rares citoyens, motivés par le souhait de voir que justice soit rendue aux victimes. Cet élan de citoyenneté a poussé Mme Junia Barreau, économiste ayant travaillé dans la diplomatie haïtienne, à mettre en ligne un site Internet qui regroupe l’essentiel de l’information, des recherches et des démarches judiciaires disponibles sur le choléra en Haïti.

www.dossierhaiticholera.com présente un dossier en dix points. Mme Barreau commence d’abord par présenter les faits : la définition du choléra, son histoire en Haïti et surtout ses victimes. Depuis l'introduction du choléra en Haïti, on dénombre plus de 8 100 morts et plus de 6 % de la population haïtienne a été infectée. Le deuxième chapitre fait le point sur l’origine du choléra en Haïti. Photos à l’appui, on y retrace la genèse de l’épidémie qui tend à devenir endémique.

Ensuite, les rapports scientifiques d’experts, sont présentés, comme pour démontrer qu’il ne fait aucun doute que le choléra provient du contingent népalais de la mission des Nations unies en Haïti (Minustah). Par exemple, sur demande du gouvernement haïtien, la France avait mandaté l'épidémiologiste Renaud Piarroux de se prononcer sur l'origine de l'épidémie du choléra en Haïti. C'est le premier rapport à dépasser les rumeurs et à faire le lien direct entre le choléra et le camp de la Minustah à Mirebalais.

La conclusion de cette mission d'évaluation qui s'est tenue du 7 au 27 novembre 2010 est claire et nette : «La mission d’investigation, menée depuis trois semaines, a révélé le caractère sévère et inhabituel de cette épidémie, dont l’origine importée ne fait aucun doute. Elle a démarré aux abords du camp de la Minustah et a été propagée de manière explosive du fait de la contamination massive de l’eau de l’Artibonite et d’un de ses affluents par des matières fécales de patients atteints de choléra. »

Le quatrième chapitre du dossier dresse le portrait du combat mené pour que justice soit rendue aux victimes. En s’appuyant sur les premiers rapports scientifiques confirmant l’origine népalaise du choléra, peut-on lire sur le site, un Collectif de mobilisation pour le dédommagement des victimes du choléra s’est constitué et a appelé à la mobilisation générale pour accompagner les victimes en quête de justice. En octobre 2011, poursuit le document, un an après l’apparition du choléra en Haïti, des manifestations sont organisées à travers le pays pour demander à la Minustah et à l’Onu d’assumer leur responsabilité dans l’introduction du choléra en Haïti.

Le prochain point étale la position du gouvernement haïtien. Une position que résume bien la déclaration du ministre des Affaires étrangères, M. Pierre-Richard Casimir : «Si les études  scientifiques  menées ont établi que la souche de la maladie est asiatique, en revanche, il n’a pas été démontré la responsabilité des soldats népalais dans une relation de cause à effet».

S’ensuivent les chapitres sur la position de l’Onu, le Plan d’élimination du choléra, les actions en justice contre l’Onu, celles contre l’Exécutif haïtien et le soutien international aux victimes.

Le site, précise Junia Barreau, est une initiative citoyenne et indépendante. La conception graphique, la rédaction des différentes rubriques, les ressources financières nécessaires pour sa mise en ligne du site le 5 juillet dernier portent sa signature. L'idée lui est venue en mars 2013 quand elle a constaté qu’elle avait accumulé beaucoup de documents sur le choléra en Haïti, en quantité suffisante pour préparer un dossier complet. 

La lecture des rapports scientifiques et la réalisation de la synthèse de chaque document lui a pris pas moins de 200 heures de travail, totalement bénévoles, s’empresse –t-elle de préciser. Une fois le site prêt, elle l’a présenté à des partenaires qui ont aimé l'idée et l’ont tout de suite appuyée. « Je leur suis infiniment reconnaissante », témoigne Mme Barreau qui indique que les premiers partenaires du site sont des institutions haïtiennes. « J'y tenais et j'en suis heureuse du résultat.», souligne-t-elle tout en se disant également ouverte au partenariat avec des institutions étrangères.

Le moment du lancement du site est choisi pour coïncider à l'expiration du délai de soixante jours accordé à l'Onu par les représentants des victimes du choléra qui avaient réitéré leur demande de réparations auprès de l'organisation le 7 mai 2013. De bonne source, Mme Barreau affirme avoir  appris, le 6 juillet 2013, que l'Onu aurait refusé une seconde fois la demande de réparations des victimes.

« Ce site est tout simplement mon travail bénévole, ma contribution citoyenne. J'exprime mon indignation de manière constructive en souhaitant une plus large compréhension du dossier par l'opinion publique en Haïti et ailleurs dans le monde», nous a confié Junia Barreau. Le site est déjà très bien accueilli par le grand public puisqu’il a reçu plus de 1500 visiteurs du Canada, des États-Unis, d'Haïti, de la France, de la République dominicaine et d'autres pays de l’Asie, de l’Europe et de l’Afrique.