Plus de 160 personnalités et organismes du Canada demandent au Premier ministre canadien d'intervenir 
à l'ONU en faveur des victimes du choléra en Haïti

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Lettre ouverte au très honorable Justin Trudeau, Premier ministre du Canada


Monsieur le Premier ministre,


Nous, soussignés, vous écrivons  pour exprimer notre profonde inquiétude face au refus de l’Organisation des Nations Unies de reconnaître pleinement sa responsabilité avérée dans l’introduction de l’épidémie du choléra en Haïti. Dans la mesure où le Canada entend se réengager au sein des missions de maintien de la paix de l’ONU, votre gouvernement se trouve devant une opportunité unique de rendre la structure de maintien de la paix plus responsable et plus respectueuse de la souveraineté des peuples et des droits humains dans ses opérations de maintien de la paix et notamment en Haïti qui, depuis 2004, accueille une importante mission onusienne, la MINUSTAH.

La Mission des Nations-Unies pour la stabilisation d’Haïti (MINUSTAH) est à l’origine d’une grande tragédie, une épidémie meurtrière de choléra. En effet, le choléra a déjà fait plus de 9 200 morts et a rendu malades plus de 770 000 personnes depuis que des troupes de l’ONU ont introduit la maladie en octobre 2010. Entre janvier et mars 2016, plus de 6 000 personnes ont dû être hospitalisées, et les décès reliés au choléra ont augmenté de plus de 43% par rapport à la même période de l’année précédente. 

De nombreuses preuves scientifiques accablantes, incluant un rapport d’un groupe d’experts indépendants choisis par l’ONU elle-même, attribuent la responsabilité de l’introduction de l’épidémie en Haïti à un contingent de militaires de la MINUSTAH originaires du Népal. Aucun cas d’épidémie de choléra n’avait été observé en Haïti avant que ce contingent de l’ONU ne décharge ses eaux usées et contaminées dans le système fluvial le plus important d’Haïti, l'Artibonite. Aujourd’hui, Haïti connaît la plus grande épidémie de choléra au monde.

Le choléra engendre également de lourdes conséquences économiques. Les communautés et les familles haïtiennes doivent aussi porter un lourd fardeau, car il leur revient d’assumer les frais reliés aux soins médicaux, aux funérailles des proches parents, et à l’éducation des enfants devenus orphelins à cause de l’épidémie. Le choléra contribue à appauvrir la population d’Haïti et à rendre plus vulnérables les plus pauvres, principales victimes de l’épidémie. D’importantes ressources financières qui auraient pu servir à la reconstruction d’Haïti, dévastée par le séisme du 12 janvier 2010, sont englouties dans la lutte contre le choléra.

Le bilan des cinq ans du choléra est catastrophique. Malgré toutes les preuves, l’ONU refuse de reconnaître pleinement ses responsabilités dans cette tragédie du choléra  et a fermement bloqué toutes les demandes de recours de la part des victimes de l’épidémie en invoquant son immunité. Des personnalités haïtiennes et étrangères, dont des anciens diplomates canadiens, ont pris fermement position en appelant l’ONU à honorer ses obligations morales et légales à l’endroit des familles affectées par l’épidémie.

Le 12 novembre 2014, à la conférence Raoul Wallenberg pour les droits humains de la Faculté de droit de l’Université McGill, l’ancien ambassadeur du Canada à l’ONU le professeur Stephen Lewis  a déclaré: « Il y a peu de choses que l’ONU ait faites au cours de la dernière décennie qui soient plus illégitimes, plus répréhensibles et plus méprisables que de voir l’ONU se réfugier derrière son immunité dans la tragédie du choléra en Haïti. [...] Les droits de l’homme des morts et des malades du choléra ont été démembrés depuis le premier jour de l’épidémie, la démocratie et la poursuite de la justice n’existent pas et la primauté du droit se trouve bafouée à chaque virage. »

L’ambassadeur Stephen Lewis n’est pas le seul à demander des indemnisations pour les victimes. Il est rejoint par un nombre croissant de responsables internationaux et de citoyens concernés, y compris d’anciens et d’actuels employés de l’ONU tels que le Haut-Commissaire des droits de l’homme Navi Pillay, l’ancien ambassadeur du Canada à l’ONU Allan Rock, des organisations pour les droits de l’homme tels qu'Amnistie Internationale, et des milliers de citoyens haïtiens.

Dans leur lettre datée du 23 octobre 2015 et écrite a l’intention du Secrétaire Général Ban Ki-Moon, cinq rapporteurs spéciaux sur les droits de l’homme de l’ONU,  Philip Alston (pauvreté extrême), Dainus Pūras (droit à la santé), Léo Heller (droit à l’eau potable et à l’assainissement) Gustavo Gallón (expert indépendant pour les droits humains en Haïti) et Leilani Farha  (droit à un logement convenable), condamnent la gestion de cette crise qui « affaiblit la réputation de l’ONU, remet en cause le cadre éthique dans lequel ses forces de maintien de la paix fonctionnent et remet en question la crédibilité de l’organisation en tant qu’entité qui respecte les droits de l’homme ». En effet, si l’ONU veut accomplir sa mission et promouvoir la primauté du droit et des droits humains en Haïti et à travers le monde, il est impératif qu’elle restaure sa crédibilité en acceptant sa responsabilité et en offrant une indemnisation aux victimes qui ont été affectées par cette épidémie dévastatrice et aux institutions nationales pour les frais encourus.

Votre gouvernement a déclaré vouloir « rediriger l'aide canadienne au développement vers les populations les plus pauvres et les plus vulnérables ». Nous demandons qu’une des premières étapes vers l’accomplissement de cette promesse soit de veiller à ce que l’ONU agisse de manière plus juste et responsable envers les populations les plus pauvres et vulnérables d’Haïti qui ont été affectées par l’épidémie de choléra.

Nous vous demandons urgemment d’être solidaires d’Haïti et de la communauté haïtiano-canadienne et d’assurer un leadership juste en appuyant les victimes du choléra.

Nous vous remercions de l’attention que vous porterez à cette question importante et vous prions d’accepter nos plus distinguées salutations.

 

Montréal, le 30 avril 2016


cc : Honorable Stéphane Dion, Ministre des Affaires étrangères du Canada





Open Letter to the Right Honourable Justin Trudeau, Prime Minister of Canada

 

Dear Prime Minister Trudeau,


We, the undersigned, write to express our deep concern at the United Nations’ refusal to recognize its proven responsibility for introducing cholera into Haiti. As Canada intends to re-engage with UN peacekeeping, your government now has a unique opportunity to create a more responsible peacekeeping structure with improved respect for sovereignty and human rights, notably in Haiti where an important UN mission, MINUSTAH, has been present since 2004.  

The United Nations Stabilization Mission in Haiti (MINUSTAH) is the source of a great tragedy: a deadly cholera epidemic. Cholera has already killed over 9 200 Haitians and sickened over 770 000 since UN peacekeepers introduced it to Haiti in October 2010. Between January and March 2016, more than 6 000 people have been hospitalized, and cholera deaths are up by 43% over the same period in 2015.

Overwhelming and conclusive scientific evidence, including a report from an Independent Panel of Experts commissioned by the UN itself, have concluded that MINUSTAH peacekeepers from Nepal introduced cholera into Haiti. Haiti had never had a reported cholera case until these UN peacekeepers discharged their waste from a UN base into Haiti’s largest river system.  Now, Haiti has the largest cholera epidemic in the world.

The cholera epidemic has had significant economic consequences. Haitian communities and families have had to carry heavy financial burdens as they take on the costs of medical care, relatives’ funeral expenses, and education for children orphaned by the epidemic. Cholera contributes to impoverishing the Haitian population and to heightening the vulnerability of those who are poorest, and who have been hit hardest by the epidemic. Important financial resources that could have assisted in Haiti’s reconstruction following the devastating earthquake of 12 January 2010, have had to be poured into the fight against cholera.

The results of five years of cholera have been catastrophic. Yet despite the overwhelming evidence, the UN has refused to even acknowledge its responsibility for the cholera tragedy and has persistently blocked efforts by victims to seek remedies by invoking its immunity. Numerous prominent Haitian and foreign actors, including former Canadian diplomats, have strongly called on the UN to honor its moral and legal obligations towards the families affected by the epidemic.  

As former Canadian Ambassador to the UN Stephen Lewis stated on 12 November 2014 at the Raoul Wallenberg Lecture on Human Rights at McGill University Faculty of Law “[t]here are few things, in the last decade of the United Nations, more illegitimate, more reprehensible, more despicable than the United Nations scurrying for cover behind the tattered, discredited banner of immunity when applied to the cholera tragedy in Haiti...  The human rights of the dead and afflicted were dismembered from the outset; democracy and the quest for justice does not exist; and the rule of law…is flouted at every turn.

Ambassador Lewis is not alone in calling for remedies for victims. He is joined by a growing number of world leaders and concerned citizens—including current and former UN officials such as then-High Commissioner for Human Rights Navi Pillay, former Canadian Ambassador to the UN Allan Rock, human rights organizations like Amnesty International, and thousands of Haitian citizens.

In their letter of 23 October 2015 to Secretary-General Ban Ki-Moon, five UN-appointed human rights Special Rapporteurs, Philip Alston (extreme poverty) Dainus Puras (right to health), Leo Heller (right to water and sanitation), Gustavo Gallón (Independent Expert on the situation of human rights in Haiti), and Leilani Farha (right to housing), condemned the UN’s approach to victims of cholera, which “undermines the reputation of the United Nations, calls into question the ethical framework within which its peace-keeping forces operate, and challenges the credibility of the Organization as an entity that respects human rights.”  Indeed, if the UN is to succeed in its mission of promoting rule of law and human rights in Haiti and around the world, it is imperative that it restores its credibility by accepting responsibility and providing remedies to those who have been affected by the devastating disease and to national institutions for the costs they have incurred. 

Your government has made a pledge to “refocus Canada's development assistance on helping the poorest and most vulnerable.” We ask that your first step in fulfilling the pledge be to ensure a more principled, accountable response by the UN to the poor and vulnerable victims of the UN cholera in Haiti.

We urgently call on you to stand in solidarity with Haiti and the Haitian-Canadian community, and to demonstrate principled leadership in supporting cholera victims.

We respectfully thank you for your attention to this important matter.

Sincerely,

Montreal, April 30, 2016

 

cc: The Honourable Stéphane Dion, Minister of Foreign Affairs of Canada